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Omerta
Claude ne se sentait vraiment pas bien dans sa peau.
Après cette aventure dans les bois, cette tentative d'aide avortée, le retour à la cabane et l'explication qu'il avait dû donner au vieil homme, il avait ce sentiment de n'être réellement qu'un paquet de problèmes.
Tout ce qu'il faisait ou touchait, tournait invariablement au vinaigre. C'était ainsi : il était inutile, nul. Dans ces moments, il aurait voulu se retrouver six pieds sous terre et ne plus jamais avoir affaire au reste du monde. Oui, ne plus être un embarras pour qui que ce soit, c'était tout ce qu'il désirait. La vie, en somme, était amère. Difficile à digérer. Alors pourquoi, se disait-il, persister à vivre et n'être qu'un boulet pour tous ? Sa raison ne cessait de chercher une réponse convenable, une explication qui aurait pu le pousser à penser autrement. Mais en vain. Il ne se voyait pas appartenant à l'avenir.
C'était tout et rien.
Que lui offrait donc le futur sinon une suite ininterrompue de problèmes ? Quand il songeait à l'école, il ne voyait dans celle-ci que monotonie et routine. La seule chose de bon en elle avait été le fait que c'était un endroit où l'on pouvait facilement se faire des amis.
Quand aux enseignants eux, ils demeuraient des étrangers du premier au dernier jour. Ils n'avaient pas le temps de connaître leurs élèves tellement ceux-ci étaient nombreux aux cours. Ils restaient dans les classes tandis que les élèves voyageaient comme un troupeau d'un local à un autre. Poussés, régis par un horaire surchargé, tous couraient après le temps qui n'était plus que vitesse.
C'était ainsi, personne à l'école n'avait le loisir de se connaître à fond. La plupart des étudiants ne savaient même pas pourquoi ils étaient enfermés dans l'école.
Et quand ils se posaient franchement la question, on réglait le problème en les dirigeants vers des conseillers en orientation qui comme des diseuses de vérité, révélaient l'avenir le temps de le dire, puis retournaient le point d'interrogation dans les rangs anonymes, avec le troupeau se bousculant dans les corridors constamment pleins à craquer.
Lorsque enfin, on avait suivi à la lettre les instructions des maîtres à penser, qu'on se rendait fièrement au diplôme attestant nos connaissances et qu'on se retrouvait soudainement dans la rue à ne rien foutre, on s'apercevait qu'il fallait encore se battre pour obtenir l'emploi de ses rêves.
Pour appartenir à une société qui se plaisait à vous gifler du revers de la main, prétextant le manque d'expérience et qui avec un regard plein de tendresse hypocrite, vous disait que votre jeunesse était en fait un handicap.
On s'apercevait alors que l'avenir, cet avenir prometteur qu'on vous avait fait miroiter au visage pendant toutes ces années d'études, était absent au rendez-vous. Se battre, il fallait toujours se battre... On se retrouvait avec les amis qu'on s'était fait, sur la rue. On réalisait et on se disait tout haut que l'avenir était bouché. Pris dans ce carcan d'oisiveté, on se tournait lentement vers la boisson, les drogues et quand on avait un peu de chance, vers les bras d'une femme. Les jours n'étaient faits que de vagabondage et de recherche constante de plaisirs; simplement pour oublier et pour faire semblant que tout allait bien. Puis chaque soir, on reprenait le métro.
Dans les wagons, il n'y avait qu'apathie.
Les gens regardaient leurs souliers, jetaient des regards fuyants vers les autres, se plongeaient dans des lectures apparemment très intéressantes, écoutaient la musique de leurs baladeurs en dodelinant de la tête ou en tapant du pied; d'autres encore, observaient le défilement des murs souterrains et tous semblaient être dans un monde autre que celui où ils se retrouvaient tous les soirs, à la même heure.
Une foule silencieuse qui n'aspirait qu'à sortir de l'enfer des ballottements, des regards parfois trop envahissants et inquisiteurs que l'on surprenait parfois, quand on était pas trop occupé à oublier où l'on se trouvait, c'est-à-dire, la réalité.
Enfin, arrivait le moment tant attendu : celui où l'on franchissait le seuil de la porte de la demeure familiale pour tout de suite enlever ses souliers et se précipiter dans l'intimité de sa chambre. Là où au moins, tout était harmonieux, sans problèmes. Enfermé dans sa chambre, on pouvait se reposer des tracas quotidiens et rêver en toute quiétude derrière la sécurité d'une porte close, la fenêtre ouverte et la musique à pleine tête puisqu'il ne fallait pas entendre ce qui se passait de l'autre côté de la porte.
Rêvasser des heures durant et s'endormir dans l'attente de l'appel du souper.
Manger, se réfugier dans sa chambre, dormir jusqu'au petit matin et se réveiller au milieu des cris du père qui toujours, sans faute, se ruait après votre dignité.
Venaient ensuite les deux rôties, le verre de lait et le départ pour la rue, accompagné du sempiternel mensonge: «Je m'en vais prendre l'autobus, je veux pas être en retard pour les cours.» Lorsque la vérité avait éclaté au grand jour, on modifiait la phrase mensongère en disant: «Je m'en vais chercher de l'ouvrage...» intention douteuse à laquelle personne ne croyait désormais plus.
La routine reprenait de plus bel, jour après jour, sans événements particuliers.
Et ce, jusqu'au jour où l'envie de tuer vous avait pris et ce, à un moment où jamais vous n'auriez pensé qu'une chose aussi immonde, aussi impensable, se réalise soudainement dans la vie que vous meniez avec banalité.
Comme dans un sombre cauchemar, vous vous retrouviez l'instigateur d'un meurtre crapuleux à cause d'une rage démentielle que vous aviez toujours eu mais ignorée, au plus profond de votre coeur; dans une divagation où hélas, vous étiez poussé à commettre l'odieux sans que vous n'ayez aucun moyen d'exercer quelque contrôle que ce soit sur l'action déclenchée par vos mains.
Pour couronner le tout, comme par enchantement, tout cela disparaissait soudain dans le regard éploré de votre mère. Depuis ce jour fatidique où vous aviez compris que le cauchemar s'était en fait réaliser, une foule d'autres événements étaient venu perturbé votre vie. Il y avait eu une fuite, une jambe brisée, un vieil homme, cette tempête et maintenant ce silence. Ce silence créé par la volonté du vieillard. Tout cela, parce qu'on n'avait pas su dire les mots qu'il aurait fallu, au moment où cela aurait été important de les trouver...
L'homme, qui était couché dans le lit à présent, lui avait dit son indignation en commençant par le fustiger sur l'idée qu'il avait eu de se suicider, le jour de Noël, le jour même de la naissance du Seigneur. Il l'avait ensuite blâmé de n'avoir pas su deviner la température.
Comme si, étant humain, il n'avait pu faire autrement que de savoir lire dans l'expression de la Nature. Puis, il était revenu à l'acte suicidaire, en criant presque, contre la faiblesse de la jeunesse entière et contre la fragilité de sa génération.
Celle qui avait tout hérité des hommes.
L'opulence de la nourriture et tout ce confort accumulé à coups d'idées de génies: l'électricité, la radio, la télévision, l'automobile, l'avion et une foule d'autres inventions dont il ne se souvenait plus, autant le vieillard avait parlé et s'était jeté avec une passion débordante, accusatrice, à l'endroit de sa personne. Après cela, l'ermite s'était tu. Complètement. Le silence. Ils s'étaient couchés au ronflement du poêle, au son du vent. Et les jours s'étaient égrenés avec une lenteur exaspérante. La tempête s'était éloignée pour faire place à un temps paisible.
Le soleil avait point au travers des cotons de nuage s'éparpillant vers l'est et le ciel, petit à petit, s'était montré radieusement bleu.
Assis au bord du lac, ayant quitté les ronflements de l'ermite, Claude avait oublié ce à quoi il pensait quelques instants plus tôt, afin de se concentrer sur le passage d'un grand nuage possédant la forme d'un oiseau au corps long, aux ailes fines et gracieuses.
Cette liberté ressentie quand il avait conçu que sa béquille était devenue vaine, il la perçut une seconde fois en observant cette masse ouatée au dessin évocateur, traversant la coupole du ciel.
Misérable, il porta la main à ses yeux, pour y essuyer une larme venue narguer son humeur déjà passablement amochée. D'un geste sec, presque colérique, il retira l'indésirable tandis que de l'intérieur, il supprimait un désir fou de crier son trouble; une peine dont il ne savait que faire maintenant qu'il était seul à la reconnaître.
Sa tristesse encore l'amena à regarder ailleurs qu'en soi. Il jeta un regard sur le lac, une surface blanche de neige, éblouissante de par les rayons du soleil. Il dut fermer les yeux, incapable de soutenir tout cet éclat. Tournant son visage aigri vers la cabane, il remarqua alors une fumée s'échappant du toit et il réalisa que l'ermite s'était levé pendant sa réflexion. La tentation de rejoindre le vieillard d'abord, se fit pressante. Il avait esquissé un mouvement pour se lever quand il se décida à rester sur cette bûche apportée du cagibi, à attendre que l'homme soit bien réveillé; qu'il ait eu au moins, le temps de boire son café et de se laver, comme c'était son habitude le matin. Mais son besoin de retrouver une certaine compagnie se fit au bout de quelques secondes, plus persistant. Il se leva et regagna la cabane en laissant derrière lui la bûche, avec le sentiment désagréable qu'il aurait probablement à s'en servir encore.
*
Bertrand l'accueillit froidement, sans dire un mot puis retourna à sa toilette. Claude, qui était maintenant accoutumé à ce comportement, ne s'en offusqua aucunement. Il jeta un regard circulaire sur la pièce et constata qu'il n'y avait presque plus de bois de chauffage dans le porte-bûche. Il ressortit en se dirigeant vers le cagibi et revint chargé d'une brassée de bouleau sec.
Il était occupé à se décharger les bras lorsque Bertrand prit la parole:
«C'est le premier de l'an, aujourd'hui.»
L'adolescent termina tranquillement sa besogne, regarda l'homme, maintenant assis dans son fauteuil et attendit muet, la suite. Bertrand baissa les yeux avant d'ajouter sur un ton égal: «C'est notre chance de recommencer à neuf. Nouvelle année, nouvelles résolutions. J'oublie ce qui s'est passé et tu fais la même chose, correct?
- .....
- Correct?
- Oui.
- Bon. Bertrand bourra sa pipe et craqua une allumette. Il allongea ses jambes devant lui, puis affirma:
- J'ai l'intention de poser quelques collets demain matin. Ça te dirait de venir avec moi, juste pour voir comment on s'y prend pour les installer?
L'idée plut à Claude. Il pourrait faire quelque chose de bien pour une fois! Sans hésiter, il répondit:
- Oui, j'aimerais ça. Ça me changerait le mal de place, en tous les cas!
- Moi aussi: j'en ai ras le bol de cette pièce! Hé bien, alors, pourquoi on irait pas tout de suite? Cet après-midi, on pourrait aussi sortir les lignes. Du poisson pour souper, ça changerait du lièvre!
- C'est vrai... Vous croyez qu'il y a assez de glace?
- Sur le lac? Ben sûr! Ça fait au-dessus de trois semaines que la glace est prise. J'attendrai sûrement pas qu'il se fasse un mètre de glace pour faire mes trous; j'ai seulement qu'une hache! Je dirais pas si j'avais une tarière à gaz mais c'est pas le cas. Avec une hache, il faut s'y prendre de bonne heure pour les trous. Après, il s'agit juste de bien les entretenir!
- Si vous le dites.» fit Claude.
La seule perspective d'avoir quelque chose à faire avait contribué à lui remonter le moral en flèche. Il se voyait déjà en train de poser des collets, avec la dextérité d'un professionnel, tel un trappeur chevronné. Quant à la pêche, même si là aussi, il ne possédait aucune expérience, il s'imagina sortir un énorme brochet du lac, à la seule force de ses mains.
Il avait le dos tourné à l'ermite lorsqu'un problème lui vint à l'esprit: «On a même pas d'appâts!
- Pas de problèmes ! Je te montrerai en temps voulu. Je suis pas né d'hier, tu sais. Des trucs, j'en ai plein la caboche!
- J'ai hâte de voir ça, fit Claude, avec enthousiasme. Il eut une pensée pour Bertrand. C'était une question qu'il se posait depuis le début de la guerre du silence: Vos pieds, est-ce qu'ils vous font encore mal?
Un silence suivit la question du jeune homme.
Bertrand laissa couler le temps puis indiqua:
- Ça va mieux, maintenant.»
* *
Ce premier jour de la nouvelle année fut, somme toute, un jour que Claude n'oublierait pas de sitôt.
Il apprit comment on installait des collets sur les sentiers utilisés par le gibier. Bertrand lui enseigna l'art de déceler une vieille piste d'une nouvelle, comment l'approcher sans la brouiller puis il lui montra la façon de s'y prendre pour amener le lièvre à se diriger droit dans le fil de laiton, en plaçant des petits bâtons de chaque côté de la piste jusqu'au piège, lui-même camouflé de neige ou de branchages, selon l'endroit.
L'après-midi s'était déroulé sur le lac, à creuser plusieurs trous et à installer des lignes ayant pour appâts, des petits morceaux de viande au bout de chaque hameçon, faute de mieux car Bertrand préférait et de loin, des menés ou des écrevisses.
«Mais qu'est-ce que vous faites? Vous allez tout de même pas le manger cru, votre poisson, j'espère? s'écria Claude en voyant le vieillard entailler le brochet qu'il venait tout juste d'attraper au bout de sa ligne.
À l'aide de son coutelas, Bertrand avait entaillé le centre du ventre et retirait l'estomac quand il se décida enfin à répondre:
- Il a le ventre plein: je veux voir ce qu'il a mangé. Ça pourrait être intéressant...
Claude se rapprocha, franchement curieux. Bertrand disséqua l'estomac et de la pointe de son couteau, inspecta le contenu de la panse. L'adolescent vit apparaître un petit poisson au bout du couteau et surpris, s'exclama:
- J'aurai bien tout vu!
- T'as encore rien vu, répliqua Bertrand. Ça, c'est une perchaude. On va s'en servir comme appât. Tu vas voir, les requins passent pas à côté d'un repas aussi savoureux!
- Les requins?
- Ouais. Les brochets, on les appelle les requins d'eau douce. Eux-autres, ils rôdent dans les bas-fonds. Ils mangent pratiquement tout ce qu'ils voient de mangeable. C'est un vrai plaisir de les pêcher!
- Ah, oui ! Et pourquoi donc?
- Parce qu'ils ne prennent pas le temps de goûter avant de mordre. C'est pas du tout comme le doré. Lui, il grignote, c'est une gueule fine. Le brochet, c'est un tueur. Il voit de la bouffe et il fonce dessus, sans se poser de questions. C'est pour ça que c'est le fun!
- Il paraît que le doré est meilleur à manger, lança Claude fasciné par les connaissances de l'homme.
- Oui et non. Tout dépend de la façon qu'on l'apprête. En filets, le doré laisse pas d'arêtes tandis que le brochet lui, il en laisse tout le temps. Mais quand t'as faim, tu t'arrêtes pas à ça!» fit Bertrand, une petite lueur rusée dans les yeux mais l'adolescent n'avait pas cherché à comprendre le jeu de mots.
Il tourna son regard vers l'appât, y passa l'hameçon puis tendit la ligne à Claude. Pointant le trou du doigt, il se releva et regarda le jeune homme. Appliqué, celui-ci glissa tranquillement la ligne dans le lac.
«Tu touches le fond?
- Oui.
- Alors, relèves ta ligne d'aux moins trente centimètres.
Claude suivit les instructions de l'ermite puis se remit debout. Il faisait beau. Le vent était allé jouer ailleurs et les oiseaux chantaient en choeur.
- Il fait beau, han?
- Ouais, répondit Bertrand.
Il avait sa pipe dans une main et une allumette dans l'autre.
- Tu devrais aller chercher deux bûches. On s'assoirait ici, puis on pourrait guetter les lignes un petit bout de temps.
- C'est une idée. J'y vais. Vous voulez quelque chose dans la cabane?
- Non. Merci pareil.
- Il y a rien là.»
Bertrand regarda l'adolescent s'éloigner.
Combien de fois avait-il voulu exprimer son regret au sujet de ces mots prononcés durement à son égard? Maintes fois. Mais pas assez toutefois pour renouer le contact si difficilement acquis au cours de l'hiver.
Il était homme à se taire quand il ne le fallait pas; souvent, alors qu'il aurait dû se restreindre et ne pas parler, il avait blessé par sa franchise. La nature l'avait doté de ce tempérament. Il ne pouvait qu'accepter l'attribut et en supporter les désavantages.
De toutes façons, la communication avait été rétablie et c'était encore mieux que le silence déplacé, vide de toute signification, dont il avait été l'instigateur des jours plus tôt.
Il prit une bouffée de sa pipe, contempla le fourneau sculpté dans un bois de merisier et sa pensée se transposa sur une casserole bondée de filets de poissons frits rehaussés de cubes de pommes de terre rôtie, assaisonnés d'herbes sauvages.
Brusquement, à l'expiration de la fumée et au faîte de son désir pour un copieux repas, il tressaillit d'un long frisson.
Tout son corps en fut ébranlé. Ressentant une faiblesse incompréhensible, il se laissa tomber à genoux sur la neige, déséquilibré par la force impitoyable qui s'appliquait sur toute la surface de sa constitution et, démuni, attendit le retour à la normale.
Comme une chiffe molle, en l'espace de cinq secondes, il avait été secoué d'une brutalité telle qu'il ne pouvait s'agir à force d'y penser, que d'un sérieux avertissement délivré par son système immunitaire. Quelque part en lui, un mal se préparait; il en avait la certitude. Sans défense et au bord de la panique, il dut attendre plus d'une dizaine de minutes avant de pouvoir connaître la fin du grand frisson. Il se relevait lorsqu'il vit du coin de l'oeil Claude qui revenait du cagibi, deux grosses bûches entre les bras.
Encore sous le choc de la défaillance, il attendit que ce dernier soit près de lui pour dire d'une voix abattue: «Il faut que j'aille me reposer. Je suis fatigué. Tu peux t'occuper des lignes?»
Le vieil homme semblait plus courbé que d'habitude. Claude acquiesça. Au bout de quelques mètres, Bertrand s'arrêta, se retourna vers le lac et proposa, d'une voix vraiment faible:
«Si tu veux mes bottes, t'as qu'à venir les chercher».
Claude dut se tendre le cou pour entendre la phrase. Il comprit, fit signe qu'il avait entendu puis se pencha sur une ligne qui s'était mise à bouger à petits coups.
«Je crois que j'en ai un!» cria-t-il, à l'endroit de l'ermite mais celui-ci était déjà trop loin pour entendre sa remarque. Se dépêchant à retirer la ligne du trou, excité par la perspective d'avoir un monstre à l'autre extrémité du fil, il oublia Bertrand, son dos recourbé et sa voix fragile.
Un doré d'une taille appréciable fit son entrée à l'air libre, vigoureux et plein de vie. Le poisson se trémoussa avec vigueur et se décrocha de l'hameçon pour retomber sur la neige, à quelques centimètres du trou par lequel il était sorti.
Claude l'écarta du pied et jubilant, se prépara aussitôt à accrocher un autre morceau de viande à la ligne. Il terminait cette tâche lorsqu'une pensée lui traversa l'esprit: «C'est pas normal. Tout à l'heure, il était correct et quand je suis revenu avec les bûches, il était blanc comme neige.»
À genoux dans la neige, il leva les yeux sur la cabane et songea: «J'espère qu'il n'est pas malade.»
* * *
En juillet 2000:
Je voudrais voir la mer